ça fait qu’on est allés
faire un tour chez le doc après que Stéphane et Andrée-Anne avaient passé la
nuit à faire la navette entre le lit et la toilette en grelotant de fièvre
tandis qu’on n’avait pu d’eau depuis trois jours.
[la
vaisselle allait
s’empilant sur le comptoir de
la cuisine
et les bols
se remplissant
et nos corps
s’encrassant]
c’était d’une
expérience (le doc je parle) !
prenez Stéphane, assis
tout faible dans le cabinet du médecin, visage blême et cheveux en bataille en
guise de sortez-moi-de-moi (merci Daniel). il attendait du docteur qui était en
train de lire sa fiche médicale un commentaire sur ses symptômes, un
diagnostic, quelque chose qui aurait mené rapidement vers une prescription,
i.e. un soulagement.
« de toute façon, pas
besoin de feuille : juste à voir ta face je peux dire que t’es déshydraté…
[Stefloune a souri mollement] mais si vous êtes du Québec, c’est que vous êtes
de l’endroit où ils veulent faire l’indépendance, non ? »
et le doc de nous
parler d’indépendance pendant dix minutes ; de la nécessité de faire la part
des choses entre ce qu’on veut dans la vie et ce qui nous convient ; du besoin
qu’ont les indépendantistes d’écrire des listes de pour et de contre pour se
rendre compte que ça a pas de bon sens, leur petit projet émotif.
« riez pas, je suis
sérieux ! moi, quand je dois prendre une décision importante, j’écris des
listes. et je me rends vite compte de la bonne décision à prendre… qui est
rarement celle que je veux, mais celle qui me convient. »
maudit on était tombés
sur un médecin moralisateur qui, en plus de pas savoir de quoi il parlait – à
propos du québec je veux dire (parce que les listes, c’est plutôt cool) –,
essayait de nous amadouer en nous disant qu’il avait déjà vécu aux états-unis.
eille, une chance ! pis comme il parlait super bien l’anglais, il avait dû lire
cet article-là du globe and mail pis trouver ça inquiétant (les québécois,
c’est des méchants, méchants, méchants, zombies, méchants !).
alors on est restés quelque
chose comme une heure et demi dans le cabinet du médecin, à parler de tout sauf
des deux malades, ou à peine, et à écouter les blagues douteuses du docteur
qui, au final, devait se réjouir d’avoir enfin des patients à traiter (les
journées sont longues pour un doc de clinique privée). mais pour étirer la
sauce, il l’a étirée, tout en riant de ses propres jokes de caca :
« est-ce qu’il doit y
avoir beaucoup de caca dans mon échantillon ?
- tu peux manger le reste, si tu veux !
- !?!?!
- hehehehehe »
ah ben oui, c’est parce
qu’il a fallu aller faire des tsites crotts dans des tsi pots, dans une salle
de bain de laboratoire où y’avait même pas d’eau, ni pour flusher, ni pour se
laver les mains. ça fait que c’est ça qui est ça qui est beau sous le soleil de
la dominicanie. avec des p’tits vers pis des p’tits œufs dans les intestins des
deux pas chanceux qui ont mangé un chow
mein mixto dans le quartier chinois y’a deux semaines.