mardi 28 janvier 2014

le fumigateur

alors voilà qu’en désespoir de cause, nous avions écrit à Adela pour lui faire part de notre problème de cucarachas. c’est que, malgré notre acharnement à frotter et à pouch-pouter tous les fonds d’armoire depuis trois jours, elles continuaient à apparaître, les maudites ! en quelques minutes seulement, Adela nous avait répondu qu’elle contacterait dès le lendemain un fumigateur, et s’excusait pour cet inconvénient typique des pays tropicaux.

David, l’homme à tout faire d’Adela, un jeune homme sympathique avec un brin d’attitude – casquette déposée sur la tête avec la palette un peu croche – est donc apparu ce matin avec le fumigateur. il est cool David. on a de la misère à le comprendre dans son langage de post-adolescent qui mâchouille un peu ses mots, mais en vrai ça pourrait être notre ami. on pourrait sortir avec lui dans les bars en-dessous de chez nous et apprendre à parler comme lui. il fait son tough mais dans le fond on sait qu’il a un cœur tendre.

sauf que, on va se l’dire, le fumigateur, c’était plutôt l’ami d’Adela. ou l’oncle de David. ou le gars connu du gars connu du gars… bref, le genre de gars qui est trop pas fumigateur dans vie. il est entré en homme heureux dans l’appartement en nous souhaitant la bonne journée, tout excité d’avoir à tuer des coquerelles. il avait apporté un produit hyper fort et on les entendait, lui et David, tousser à s’en arracher les poumons tandis qu’ils en aspergeaient toutes les pièces. elles vont toutes crever, il disait, le faux fumigateur. si elles crèvent pas, tu m’appelles, je reviens avec une bombe !

finalement, le grand homme bonasse, il s’est tanné un peu vite de pouch-pouter. tuer des coquerelles, c’était peut-être pas si excitant que ça dans le fond. ça fait qu’il a refilé la bouteille à David et il n’a plus arrêté de nous jaser et d’essayer de nous vendre un lift à la plage pour 1800 pesos : je viens vous chercher à 8h ici, je vous laisse à la plage, vous passez la journée là-bas, je reviens vous chercher à 5h et je vous ramène ici. 1800 pesos. belle auto, air clim, sécuritaire. siempre a la orden !

ouais oké, on va payer 50$ pour un lift de luxe alors qu’on peut prendre le transport public pour 140 pesos (~4$) aller-retour… et essayer… de grimper dans la mini-van déglinguée… toujours en mouvement…

« à go, saute… GO ! »

samedi 25 janvier 2014

de la catharsis en photographie (et en écriture)

saviez-vous que les coquerelles sortent la nuit pour manger les restants de bouffe sur les comptoirs de cuisine, pour grignoter les graines de fond de garde-mangers, pour boire l’eau perlant dans les éviers et les tuyaux ? saviez-vous qu’elles peuvent survivre un mois sans manger ni boire ?

notre ami wiki nous apprend toutes sortes de choses palpitantes :
une blatte décapitée peut survivre plusieurs semaines (il est à rappeler que le système nerveux central des insectes est constitué d'une chaîne de ganglions le long du corps, et non centré autour d'un cerveau comme pour les vertébrés), la respiration s'effectuant par des trous disséminés dans son corps, les spiracles et son abdomen pouvant stocker de l'énergie pour cette durée.
ce qui explique pourquoi l’une d’entre elles, qu’on croyait morte, est tombée du kleenex que Stéphane tenait dans ses mains et s’est remise tout bonnement à marcher. elle a pour ainsi dire ressuscité, et ce même après avoir reçu une solide dose de baygon. ouioui, ces choses-là arrivent ! c’est pas juste une peur enfantine et ridicule !

ça fait que je prends des photos j’écris des choses sur les coquerelles comme on allait au théâtre autrefois voir un drame épouvantable et pleurer. je me catharsise la peur et l’angoisse en faisant gagner les mousquetaires contre la plus grosse chose laide (après les araignées, bien entendu) de tous les temps. celle-là est tombée d’une fenêtre pendant une forte pluie ; elle n’avait pas à proprement parler élu domicile dans notre cuisine. mais elle avait franchi la limite d’un territoire hostile, faute qu’elle doit, à en croire la jolie valse qu’elle nous a fait alors qu’on venait de tirer la chasse des toilettes, regretter du ciel des coquerelles.


les peines d’amour sont les coquerelles du ciel
les nettoyeurs des sous-sols éternels

mercredi bar motards

la cucaracha, la cucaracha
ya no puede caminar
(i wish)

c’était ça, l’attroupement de motards en-dessous de chez nous. mercredi bar version dominicaine en veste de cuir pas de manches. parce que jeudi soir, déjà, les motards n’y étaient plus. ils avaient cédé leur place à la jeunesse dansante, qu’on entendait crier, au-delà et en plus de la musique, à même notre chambre… jusqu’à 3h du matin.

oh, Adela ! ça, tu nous l’avais pas dit. t’avais pas dit que la nuit, les coquerelles comme les motards, les klaxons comme les fêtards allaient nous envahir jusqu’à nous empêcher de dormir. t’avais pas dit que la nuit, ce qui apparaissait le jour comme des maisons protégées, ouvrait ses portes le soir pour accueillir les noctambules de tous âges, répartis dans les trois bars encerclant notre maison.

shit.

ça fait qu’on va se magasiner des bouchons d’oreille et espérer qu’on puisse un jour, malgré la guerre qu’on livre aux coquerelles, dormir du sommeil du juste.

jeudi 23 janvier 2014

la chasse aux coquerelles

alors voilà que nous avons trouvé notre appartement, et que nous avons dû, par la force des choses, entreprendre une chasse aux coquerelles. c’est que nous en avons surpris une hier soir dans l’évier de la cuisine.

ce matin, on s’est précipité en fou à La Sirena pour s’approvisionner en produits de toutes sortes, dont on a aspergé tous les racoins de la cuisine après un nettoyage farouche. quelque chose nous dit que le propriétaire n’aura jamais vu sa cuisine aussi propre.

sinon, hier soir toujours, on a découvert qu’on vivait au-dessus d’un bar de motards.

top peinard !

les chats dominicains sont roux

surgissent des dessous de voiture et, en un bond, traversent la rue

dorment sur les chaises des restaurants

nous ignorant parfaitement

samedi 18 janvier 2014

esquina canela y estrelleta



et de notre toute petite chambre située en plein cœur de santo domingo, nous laissions la rumeur de la rue monter jusqu’à nous, en musique, en klaxons, en éclats de rire ! ç’a été notre façon de poser l’ancre, de solenniser notre arrivée en pays étranger. le repère tranquille tant attendu après une nuit blanche, deux vols et une escale de deux heures à miami.

ça parlait beaucoup, de part et d’autre, du danger de sortir à la noirceur, de la nécessité de vivre incrédule et méfiant. même A., qui venait de nous déposer au foreigners club hotel, avait pris un air sévère pour donner à Stéphane quelques conseils sur la sécurité. moi, j’étais prise entre Ian (hôte de l’endroit où nous prévoyions être hébergés pour les prochains jours, tout en jovialité et en excitation de nous accueillir), et le conciliabule des futurs partenaires de stage. entre la légèreté et la gravité, donc.

c’est ainsi que la sieste nous a permis de remettre nos idées en place, parce qu’à en croire les discours ambiants, tous sauf celui de Ian, nous ne serions jamais sortis de notre chambre. assis à une petite table à notre premier restaurant, nous avons souri en pensant que nous avions déjà, après trois heures passées en république dominicaine, transgressé deux règles : il faisait noir et nous buvions de l’eau avec de la glace.