le soir des élections, on était sur la
terrasse du segafredo et on fêtait avec Brandi pour 1. sa dernière soirée en
république dominicaine et 2. son anniversaire (qui, officiellement, est aujourd’hui).
on avait quitté l’appartement autour de 20h en se disant que pendant notre
absence, i.e. pendant notre impossibilité de nous connecter au wifi de la
maison, tout pouvait se passer au québec. c’était un peu stressant donc.
mais quand même, on était de bonne humeur et
on avait le coude léger. on prenait des photos en se disant qu’il fallait que
Brandi vienne nous voir au québec ou ben qu’on aille la voir en arizona ; on se
faisait des plans de visite de grand canyon pis on était ben émotifs. on a même
réussi à oublier les élections un peu, par exemple comme quand je touchais les
fesses de cette statue.
nos drinks tropicaux rentraient au poste et,
après avoir mangé, on s’est aventurés dans les rues de la zone coloniale, à la
recherche d’un colmado où acheter une bouteille de rhum parce que nos réserves
à la maison étaient à sec. on a payé une bouteille rikiki beaucoup trop cher,
mais comme on était alcoolisés et qu’on avait hâte de boire plus, on s’est pas
trop obstinés. on est revenus comme ça à la maison, euphoriques et heureux.
reste que dans les escaliers qui mènent à la
porte de notre appartement, j’ai cru bon m’arrêter dans ma course et proposer
au groupe de faire une pause solennelle : « vous savez que ce sont les
dernières secondes avant qu’on sache les résultats des élections. on va entrer
dans l’apparte, le wifi va embarquer, et on va être bombardés de messages… » il
était presque minuit.
et en effet, on a traversé la porte, et j’ai
reçu frénétiquement quelque chose comme dix textos de la part de mon père,
envoyés dans les quatre dernières heures. à travers les messages qui entraient
tous en même temps, j’ai réussi à lire : « libéral majoritaire », « je ne
comprends rien », et j’ai crié, j’ai sacré.
quand j’ai eu fini ma crise d’hystérie,
Brandi, qui se tenait en silence près de moi, a dit : ”oooookay, so I
understood the word fuck over all.” j’ai
ri un peu et je suis allée m’enfermer dans les toilettes pour pleurer.


