lundi 12 mai 2014
les trésors cachés du CCDH
voici l’histoire des
trésors cachés sous le toit du Centro Cultural
Dominico-Haitiano.
il faut dire déjà que
les gens d’ici nous ont si bien adoptés qu’on peine à croire qu’on les quittera
un jour. quand on y pense, on a des élans de tristesse infinie qu’on s’empresse
de retenir – pour l’instant – en se disant qu’il faut profiter du moment
présent, de la chance d’être avec eux encore pour un temps.
il y a Elena qui passe
derrière ma chaise et se sert dans ma bouteille d’eau dans un geste lent et
naturel. Abi qui nous fait venir à son bureau pour nous donner, chacun notre
tour, une poignée de M&M au beurre de peanut. et jamais bien loin, caché
dans son atelier de l’autre côté du mur, Fritzner Cedon qui peint
tranquillement.
comme
nous travaillons sous le même toit que Fritz, il nous arrive souvent, à
Stéphane et à moi, d'aller errer dans sa galerie et son atelier.
(mais y’a
pas que des œuvres de Fritz dans la galerie.
y’en a de toutes sortes, de tous styles, de tous formats.)
y’en a de toutes sortes, de tous styles, de tous formats.)
alors on
passe de très beaux moments à observer les trésors du CCDH.
même que ça fait sourire Stéphane pas mal.
même que ça fait sourire Stéphane pas mal.
vendredi 11 avril 2014
le soir des élections
le soir des élections, on était sur la
terrasse du segafredo et on fêtait avec Brandi pour 1. sa dernière soirée en
république dominicaine et 2. son anniversaire (qui, officiellement, est aujourd’hui).
on avait quitté l’appartement autour de 20h en se disant que pendant notre
absence, i.e. pendant notre impossibilité de nous connecter au wifi de la
maison, tout pouvait se passer au québec. c’était un peu stressant donc.
mais quand même, on était de bonne humeur et
on avait le coude léger. on prenait des photos en se disant qu’il fallait que
Brandi vienne nous voir au québec ou ben qu’on aille la voir en arizona ; on se
faisait des plans de visite de grand canyon pis on était ben émotifs. on a même
réussi à oublier les élections un peu, par exemple comme quand je touchais les
fesses de cette statue.
nos drinks tropicaux rentraient au poste et,
après avoir mangé, on s’est aventurés dans les rues de la zone coloniale, à la
recherche d’un colmado où acheter une bouteille de rhum parce que nos réserves
à la maison étaient à sec. on a payé une bouteille rikiki beaucoup trop cher,
mais comme on était alcoolisés et qu’on avait hâte de boire plus, on s’est pas
trop obstinés. on est revenus comme ça à la maison, euphoriques et heureux.
reste que dans les escaliers qui mènent à la
porte de notre appartement, j’ai cru bon m’arrêter dans ma course et proposer
au groupe de faire une pause solennelle : « vous savez que ce sont les
dernières secondes avant qu’on sache les résultats des élections. on va entrer
dans l’apparte, le wifi va embarquer, et on va être bombardés de messages… » il
était presque minuit.
et en effet, on a traversé la porte, et j’ai
reçu frénétiquement quelque chose comme dix textos de la part de mon père,
envoyés dans les quatre dernières heures. à travers les messages qui entraient
tous en même temps, j’ai réussi à lire : « libéral majoritaire », « je ne
comprends rien », et j’ai crié, j’ai sacré.
quand j’ai eu fini ma crise d’hystérie,
Brandi, qui se tenait en silence près de moi, a dit : ”oooookay, so I
understood the word fuck over all.” j’ai
ri un peu et je suis allée m’enfermer dans les toilettes pour pleurer.
mardi 8 avril 2014
lundi 7 avril 2014
nos amis hippies dominicains
un soir qu’on se promenait avec Marilou, on
est tombés sur un show de jazz latin. c’est là qu’on a rencontré nos amis
hippies dominicains. après le show, on s’est ramassé à boire dans un parc comme
quand on avait quinze ans, genre que je m’étais préparé un rhum & coke dans
une bouteille d’eau. j’aurais aussi ben pu boire à même la bouteille de rhum,
parce qu’ici c’est pas comme si la popo avait juste ça à faire, donner des
tickets à du monde dans les parcs pis les rues pour flânage après 11h pis
buvage dans des lieux publics (flânage pis buvage, deux beaux mots qui existent
pas, mais qui riment, j’t’une pouète, j’fais la révolution avec des hippies).
ça fait qu’après le parc, on s’est retrouvés à
la plaza españa, où y’avait d’autres artiss, en train de jammer ceux-là. on
a fait de l’impro comme si on avait ça dans le sang, on a rappé n’importe
comment pis on a même fini par chanter du sublime, même si pu personne
connaissait les paroles.
hier soir, nos amies françaises, Raphaëlle et
Ophélie, sont venues nous rejoindre pour souper. avec Brandi, Andrée-Anne et
Stéphane, on avait préparé un pâté chinois et des cupcakes au chocolat. souper québécois
style ! après quoi on s’est rendus aux ruines pour assister à un show de
musique locale, où les hippies dominicains nous attendaient, où des espagnols
se sont greffés à notre groupe…
ça fait que je me sens comme dans l’auberge
espagnole.
mangues, survivor & naturopathie
le temps passe vite (trop) et il fait chaud
quelque chose de terrible avec l’humidité qui arrête pas de grimper ces
jours-ci. c’est que l’été arrive, c’est pour ça, avec ses épisodes de pluie et
ses températures ressenties à 43 degrés avec 75% d’humidité. intéressant !
quand on se tient sur le balcon arrière,
attendant que la laveuse se remplisse de l’eau du jet qui revole partout et nous
asperge le linge et nous aveugle à intermittence, on peut apercevoir, au-delà
des toits de tôle rouillée, chez un lointain voisin, un immense manguier dont
personne ne s’occupe. on se demande encore comment il a poussé là, et on
soupire à l’infini en voyant pourrir, au fil des jours, ces centaines de
mangues tombées sur les toits.
je voudrais être un chat. me faufiler entre
les grilles du balcon, marcher comme eux sur les maisons… et récupérer les
mangues perdues.
las terrenas, c’était quelque chose comme le
paradis, avec ses plages sans fin, presque désertes, ses tours de motoconcho à trois sur un scooter, ses
petits restos relaxes où on se promène nus pieds et en maillot de bain… c’était
cocasse aussi, comme la fois où on a rencontré les producteurs de la télésérie survivor turquie. au bar, les dudes sont
tout bonnement venus s’asseoir à notre table, et ont fini par payer la note
complète avant de nous emmener danser. on était mal nous autres, on se tenait
là avec nos pesos fripés dans nos mains, et la serveuse a fini par nous dire,
comme pour nous déculpabiliser : « inquiétez-vous pas avec ça :
survivor, ça paye… » oké, mais ça paye comment ? ça paye assez qu’ils ont loué
une île pour les cinq mois du tournage pour 15 millions au gouvernement
dominicain. « ils » étant la famille du dude à la chemise blanche qui faisait
les yeux doux à Marilou ; « ils » étant son entreprise familiale ben louche qu’on
comprenait pas trop qu’est-ce qu’ils faisaient, au final… correct !
le caribe tours c’était parfait, sauf le chauffeur
qui conduisait en fou sur les routes sinueuses et étroites des montagnes, sauf la
fille qui vomissait à cause du chauffeur fou, sauf qu’on s’est jamais rendu
compte qu’on avait dépassé sánchez et qu’on s’est retrouvés, à la toute fin de
la ronne, à samaná (c’est-à-dire au bout de la péninsule). capote trois
secondes, finit par rire, barguine un taxi, refait 45 minutes en sens inverse,
arrive à l’hôtel à l’heure à laquelle on pensait arriver initialement. parce que
le voyage, qui devait nous prendre trois heures de santo domingo à sánchez, a
pris deux heures de santo domingo à samaná. le chauffeur de taxi en revenait
pas. on était rassurés.
ces jours-ci on héberge une américaine
vraiment géniale qu’on a rencontrée à l’aéroport en allant chercher Marilou. Brandi était avec un ami à attendre son lift (qui s’est jamais pointé) pour santo
domingo quand elle nous a demandé si on voulait partager un taxi. malheureusement,
on partait vers le nord, mais on a quand même jasé. elle s’en allait à haïti
faire une semaine de bénévolat en médecine. comme elle revenait seule le samedi
suivant, que son vol de retour était seulement le mardi et qu’elle n’avait
aucune idée de ce qu’elle allait faire pendant ces quatre jours là, on lui a
proposé de venir crécher chez nous. alors voilà ! on a maintenant une amie étudiante
en naturopathie qui nous montre comment nous masser le cou pour faire tomber le
stress. elle part demain et c’est triste un peu.
vendredi 28 mars 2014
une escapade à las terrenas
ça fait longtemps qu’on
attend ça, mais le moment est enfin venu : Marilou s’en vient nous
rejoindre DEMAIN ! elle atterrit à 13h30 à l’aéroport las americas, à santo
domingo, après quoi on embarque dans un autobus caribe tours en direction de la
péninsule de samaná. on est excités en maudit !
l’autobus va nous laisser à sánchez, où on
devra prendre une guagua ou un taxi pour nous rendre jusqu’à las terrenas.
mercredi 26 mars 2014
le boute d'la marde
ça fait qu’on est allés
faire un tour chez le doc après que Stéphane et Andrée-Anne avaient passé la
nuit à faire la navette entre le lit et la toilette en grelotant de fièvre
tandis qu’on n’avait pu d’eau depuis trois jours.
[la
vaisselle allait
s’empilant sur le comptoir de
la cuisine
et les bols
se remplissant
et nos corps
s’encrassant]
s’empilant sur le comptoir de
la cuisine
et les bols
se remplissant
et nos corps
s’encrassant]
c’était d’une
expérience (le doc je parle) !
prenez Stéphane, assis
tout faible dans le cabinet du médecin, visage blême et cheveux en bataille en
guise de sortez-moi-de-moi (merci Daniel). il attendait du docteur qui était en
train de lire sa fiche médicale un commentaire sur ses symptômes, un
diagnostic, quelque chose qui aurait mené rapidement vers une prescription,
i.e. un soulagement.
« de toute façon, pas
besoin de feuille : juste à voir ta face je peux dire que t’es déshydraté…
[Stefloune a souri mollement] mais si vous êtes du Québec, c’est que vous êtes
de l’endroit où ils veulent faire l’indépendance, non ? »
et le doc de nous
parler d’indépendance pendant dix minutes ; de la nécessité de faire la part
des choses entre ce qu’on veut dans la vie et ce qui nous convient ; du besoin
qu’ont les indépendantistes d’écrire des listes de pour et de contre pour se
rendre compte que ça a pas de bon sens, leur petit projet émotif.
« riez pas, je suis
sérieux ! moi, quand je dois prendre une décision importante, j’écris des
listes. et je me rends vite compte de la bonne décision à prendre… qui est
rarement celle que je veux, mais celle qui me convient. »
maudit on était tombés
sur un médecin moralisateur qui, en plus de pas savoir de quoi il parlait – à
propos du québec je veux dire (parce que les listes, c’est plutôt cool) –,
essayait de nous amadouer en nous disant qu’il avait déjà vécu aux états-unis.
eille, une chance ! pis comme il parlait super bien l’anglais, il avait dû lire
cet article-là du globe and mail pis trouver ça inquiétant (les québécois,
c’est des méchants, méchants, méchants, zombies, méchants !).
alors on est restés quelque
chose comme une heure et demi dans le cabinet du médecin, à parler de tout sauf
des deux malades, ou à peine, et à écouter les blagues douteuses du docteur
qui, au final, devait se réjouir d’avoir enfin des patients à traiter (les
journées sont longues pour un doc de clinique privée). mais pour étirer la
sauce, il l’a étirée, tout en riant de ses propres jokes de caca :
« est-ce qu’il doit y avoir beaucoup de caca dans mon échantillon ?
« est-ce qu’il doit y avoir beaucoup de caca dans mon échantillon ?
- tu peux manger le reste, si tu veux !
- !?!?!
- hehehehehe »
- !?!?!
- hehehehehe »
ah ben oui, c’est parce
qu’il a fallu aller faire des tsites crotts dans des tsi pots, dans une salle
de bain de laboratoire où y’avait même pas d’eau, ni pour flusher, ni pour se
laver les mains. ça fait que c’est ça qui est ça qui est beau sous le soleil de
la dominicanie. avec des p’tits vers pis des p’tits œufs dans les intestins des
deux pas chanceux qui ont mangé un chow
mein mixto dans le quartier chinois y’a deux semaines.
mardi 18 mars 2014
rhum & coke & marde
les
bouchons c’est parfait et les coquerelles c’est fini, mais ces jours-ci c’est
peu dire qu’on avait les deux pieds dans la marde. on a pensé vous épargner les
photos parce que c’était pas en soi de toute beauté, ni de tout parfum… reste
que le plombier vient de partir et que, maintenant, les toilettes flushent et
les drains ne débordent plus des fruits de nos travaux intestinaux. je dis
travail parce que c’est pas toujours facile de ce côté-là non plus, comme la
fin de semaine où Stéphane et Andrée-Anne se sont claqués un empoisonnement
alimentaire après avoir mangé un chow
mein du quartier chinois… ah oui, c’était la même fin de semaine où
Stéphane s’est fait cloner sa carte débit et vider sa marge de crédit. tout cas
!
le
rhum & coke c’est pas mal notre dada côté boisson, le remède à toutes nos
petites contrariétés. y’a pu d’électricité, y’a pu d’eau, y’a pu de bouffe ?
rhum & coke ! y fait chaud, la marde explose de partout, ça pue ? rhum &
coke ! t’es tanné de pomper, d’avoir les mollets enduits de liquide brun, tes
gougounes sont bonnes pour la poubelle ? rhum & coke !
rhum & coke !
rhum & coke !
rhum & coke !
rhum & coke !
mais faut pas se
leurrer, on garde le moral, même qu’à part ça tout va très bien. la vie est
belle sur el conde et dans les rues
colorées de la zone coloniale. il fait bon s'y promener à la brunante lorsque
voyageurs comme locaux s’agglutinent aux terrasses du quartier pour finir
tranquillement la journée un verre à la main.
samedi 1 mars 2014
euskarduna
c’est
après avoir roulé une vingtaine de minutes à travers les champs de canne à
sucre qu’on s’est retrouvés à euskarduna, un petit batey où vivent environ
trois cent personnes. réunies dans la petite école de la communauté, les
adolescentes attendaient depuis un moment déjà notre arrivée. même que certaines
d’entre elles, voyant l’heure du midi approcher, avaient dû quitter et aller
préparer le repas pour leur famille.
cette
réunion lançait le projet de l’atelier de couture. A. donnait aux jeunes mères
l’opportunité d’apprendre à coudre, et leur présentait l’homme qui serait leur
professeur pour les quatre prochains mois. dans la pièce d’à côté avait été
emménagé l’atelier, composé d’une dizaine de vieilles machines à coudre.
à
tour de rôle, nous nous sommes présentés. quelques enfants se faufilaient ici
et là entre les chaises, s’agrippant à une jambe ou tendant les bras vers leur
mère. un instant, un bébé commençait à chigner. l’instant d’après, il tétait le
sein de sa mère, tandis que celle-ci nous expliquait les raisons de son
engagement dans l’atelier.
sur
les lèvres de toutes ces jeunes femmes : pasar adelante. aller de l’avant. elles disaient avoir hambre de aprender. pour maîtriser la
technique, pouvoir vivre de leur métier et nourrir leur famille.
jeudi 20 février 2014
vendredi 14 février 2014
allô on a deux ans ensemble (quétaine)
je veux te dire que je t’aime voilà
je veux te dire que je t’aime voilà
je veux te dire que je t’aime n’importe quoi
je veux te dire que je t’aime voilà
je veux te dire que je t’aime n’importe quoi
je veux te dire que quand tu m’aimes
je me sens presque exactement
aussi heureux que le soleil
quand il descend dans l’océan
comme un carré qui tournerait
un cosmonaute qui s’envole
une araignée qui se console
je me sens presque exactement
aussi heureux que le soleil
quand il descend dans l’océan
comme un carré qui tournerait
un cosmonaute qui s’envole
une araignée qui se console
jeudi 6 février 2014
j'aime comme ça chante
ça chante chez le
coiffeur
ça chante au café
car la musique est partout et tout le monde
chante
ça chante au café
car la musique est partout et tout le monde
chante
et fort
sans gêne
sans
performance
sans
performance
lundi 3 février 2014
tandis que la face me tombe en lambeaux de peau brûlée,
je
lis des livres beaux comme un été sans
les hommes de siri hustvedt. et je repense à ces jeunes femmes sur la plage
qui chantaient
no te vaya en sentimiento
no me hables de amor no tamo en eso
mi corazón no quiere sufrimiento
yo solo ando buscando
chucucha, chucucha, chucucha, chucucha, chucucha !
no me hables de amor no tamo en eso
mi corazón no quiere sufrimiento
yo solo ando buscando
chucucha, chucucha, chucucha, chucucha, chucucha !
elles
nous initiaient au mème youtubéen actuel, reproduisant les mouvements du
vidéoclip comme le faisaient les jeunes il n’y a pas si longtemps avec gangnam style. quand on est allé voir la
vidéo sur youtube, on n’a en effet pas pu ne pas faire le lien avec le clip de PSY, tant l’ironie, à travers la reprise grotesque de clichés et de symboles de
la culture de masse, est la même. clin d’œil intertextuel,
sinon littéral pastiche, le clip chucucha réutilise ce qui a
fonctionné avec gangnam : refrain qui pogne dans tête, mouvements
faciles à imiter, absurdité, kitsch, etc.
gangnam
style : presque 2 milliards de vues depuis juillet
2012
chucucha : plus de 7 millions de vues depuis mars 2013
chucucha : plus de 7 millions de vues depuis mars 2013
c’est
pas exactement du même calibre, mais ça reste une performance impressionnante d’Ilegales
!
mardi 28 janvier 2014
le fumigateur
alors
voilà qu’en désespoir de cause, nous avions écrit à Adela pour lui faire part
de notre problème de cucarachas. c’est que, malgré notre acharnement à frotter
et à pouch-pouter tous les fonds d’armoire depuis trois jours, elles
continuaient à apparaître, les maudites ! en quelques minutes seulement, Adela
nous avait répondu qu’elle contacterait dès le lendemain un fumigateur, et s’excusait
pour cet inconvénient typique des pays tropicaux.
David,
l’homme à tout faire d’Adela, un jeune homme sympathique avec un brin d’attitude
– casquette déposée sur la tête avec la palette un peu croche – est donc apparu
ce matin avec le fumigateur. il est cool David. on a de la misère à le
comprendre dans son langage de post-adolescent qui mâchouille un peu ses mots,
mais en vrai ça pourrait être notre ami. on pourrait sortir avec lui dans les
bars en-dessous de chez nous et apprendre à parler comme lui. il fait son tough
mais dans le fond on sait qu’il a un cœur tendre.
sauf
que, on va se l’dire, le fumigateur, c’était plutôt l’ami d’Adela. ou l’oncle
de David. ou le gars connu du gars connu du gars… bref, le genre de gars qui
est trop pas fumigateur dans vie. il est entré en homme heureux dans l’appartement
en nous souhaitant la bonne journée, tout excité d’avoir à tuer des coquerelles.
il avait apporté un produit hyper fort et on les entendait, lui et David, tousser à s’en arracher les poumons tandis qu’ils en aspergeaient toutes les
pièces. elles vont toutes crever, il
disait, le faux fumigateur. si elles
crèvent pas, tu m’appelles, je reviens avec une bombe !
finalement, le
grand homme bonasse, il s’est tanné un peu vite de pouch-pouter. tuer des coquerelles, c’était peut-être pas si excitant que ça dans le fond. ça fait qu’il a
refilé la bouteille à David et il n’a plus arrêté de nous jaser et d’essayer de
nous vendre un lift à la plage pour 1800 pesos : je viens vous chercher à 8h ici, je vous laisse à la plage, vous passez
la journée là-bas, je reviens vous chercher à 5h et je vous ramène ici. 1800
pesos. belle auto, air clim, sécuritaire. siempre a la orden !
ouais
oké, on va payer 50$ pour un lift de luxe alors qu’on peut prendre le transport
public pour 140 pesos (~4$) aller-retour… et essayer… de grimper dans la mini-van
déglinguée… toujours en mouvement…
«
à go, saute… GO ! »
samedi 25 janvier 2014
de la catharsis en photographie (et en écriture)
saviez-vous
que les coquerelles sortent la nuit pour manger les restants de bouffe sur les
comptoirs de cuisine, pour grignoter les graines de fond de garde-mangers, pour
boire l’eau perlant dans les éviers et les tuyaux ? saviez-vous qu’elles
peuvent survivre un mois sans manger ni boire ?
notre
ami wiki nous apprend toutes sortes de choses palpitantes :
une blatte décapitée peut survivre plusieurs
semaines (il est à rappeler que le système nerveux central des insectes est constitué d'une chaîne de ganglions le
long du corps, et non centré autour d'un cerveau
comme pour les vertébrés), la respiration s'effectuant par des trous disséminés
dans son corps, les spiracles et son abdomen pouvant stocker de l'énergie pour
cette durée.
ce qui explique pourquoi l’une d’entre elles,
qu’on croyait morte, est tombée du kleenex que Stéphane tenait dans ses mains
et s’est remise tout bonnement à marcher. elle a pour ainsi dire ressuscité, et
ce même après avoir reçu une solide dose de baygon.
ouioui, ces choses-là arrivent ! c’est pas juste une peur enfantine et ridicule
!
ça
fait que je prends des photos j’écris des choses sur les coquerelles comme on
allait au théâtre autrefois voir un drame épouvantable et pleurer. je me
catharsise la peur et l’angoisse en faisant gagner les mousquetaires contre la
plus grosse chose laide (après les araignées, bien entendu) de tous les temps.
celle-là est tombée d’une fenêtre pendant une forte pluie ; elle n’avait pas à
proprement parler élu domicile dans notre cuisine. mais elle avait franchi la
limite d’un territoire hostile, faute qu’elle doit, à en croire la jolie valse
qu’elle nous a fait alors qu’on venait de tirer la chasse des toilettes,
regretter du ciel des coquerelles.
les peines d’amour sont les coquerelles du ciel
les nettoyeurs des sous-sols éternels
mercredi bar motards
la
cucaracha, la cucaracha
ya no puede caminar
(i wish)
ya no puede caminar
(i wish)
c’était
ça, l’attroupement de motards en-dessous de chez nous. mercredi bar version
dominicaine en veste de cuir pas de manches. parce que jeudi soir, déjà, les motards
n’y étaient plus. ils avaient cédé leur place à la jeunesse dansante, qu’on
entendait crier, au-delà et en plus de la musique, à même notre chambre…
jusqu’à 3h du matin.
oh,
Adela ! ça, tu nous l’avais pas dit. t’avais pas dit que la nuit, les
coquerelles comme les motards, les klaxons comme les fêtards allaient nous
envahir jusqu’à nous empêcher de dormir. t’avais pas dit que la nuit, ce qui
apparaissait le jour comme des maisons protégées, ouvrait ses portes le soir pour
accueillir les noctambules de tous âges, répartis dans les trois bars
encerclant notre maison.
shit.
ça
fait qu’on va se magasiner des bouchons d’oreille et espérer qu’on puisse un
jour, malgré la guerre qu’on livre aux coquerelles, dormir du sommeil du juste.
jeudi 23 janvier 2014
la chasse aux coquerelles
alors
voilà que nous avons trouvé notre appartement, et que nous avons dû, par la
force des choses, entreprendre une chasse aux coquerelles. c’est que nous en avons
surpris une hier soir dans l’évier de la cuisine.
ce
matin, on s’est précipité en fou à La
Sirena pour s’approvisionner en produits de toutes sortes, dont on a
aspergé tous les racoins de la cuisine après un nettoyage farouche. quelque
chose nous dit que le propriétaire n’aura jamais vu sa cuisine aussi propre.
sinon,
hier soir toujours, on a découvert qu’on vivait au-dessus d’un bar de motards.
top peinard !
top peinard !
les chats dominicains sont roux
surgissent
des dessous de voiture et, en un bond, traversent la rue
dorment
sur les chaises des restaurants
nous
ignorant parfaitement
dimanche 19 janvier 2014
samedi 18 janvier 2014
esquina canela y estrelleta
et
de notre toute petite chambre située en plein cœur de santo domingo, nous
laissions la rumeur de la rue monter jusqu’à nous, en musique, en klaxons, en
éclats de rire ! ç’a été notre façon de poser l’ancre, de solenniser notre
arrivée en pays étranger. le repère tranquille tant attendu après une nuit
blanche, deux vols et une escale de deux heures à miami.
ça
parlait beaucoup, de part et d’autre, du danger de sortir à la noirceur, de la
nécessité de vivre incrédule et méfiant. même A., qui venait de nous déposer au foreigners club hotel, avait pris un
air sévère pour donner à Stéphane quelques conseils sur la sécurité. moi, j’étais
prise entre Ian (hôte de l’endroit où nous prévoyions être hébergés pour les prochains
jours, tout en jovialité et en excitation de nous accueillir), et le
conciliabule des futurs partenaires de stage. entre la légèreté et la gravité,
donc.
c’est
ainsi que la sieste nous a permis de remettre nos idées en place, parce qu’à en
croire les discours ambiants, tous sauf celui de Ian, nous ne serions jamais
sortis de notre chambre. assis à une petite table à notre premier restaurant,
nous avons souri en pensant que nous avions déjà, après trois heures passées en république dominicaine, transgressé deux règles : il faisait noir et nous
buvions de l’eau avec de la glace.
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