lundi 12 mai 2014

MORILLO



SANON




JEAN MARTIN







les trésors cachés du CCDH

voici l’histoire des trésors cachés sous le toit du Centro Cultural Dominico-Haitiano.

il faut dire déjà que les gens d’ici nous ont si bien adoptés qu’on peine à croire qu’on les quittera un jour. quand on y pense, on a des élans de tristesse infinie qu’on s’empresse de retenir – pour l’instant – en se disant qu’il faut profiter du moment présent, de la chance d’être avec eux encore pour un temps.

il y a Elena qui passe derrière ma chaise et se sert dans ma bouteille d’eau dans un geste lent et naturel. Abi qui nous fait venir à son bureau pour nous donner, chacun notre tour, une poignée de M&M au beurre de peanut. et jamais bien loin, caché dans son atelier de l’autre côté du mur, Fritzner Cedon qui peint tranquillement.

comme nous travaillons sous le même toit que Fritz, il nous arrive souvent, à Stéphane et à moi, d'aller errer dans sa galerie et son atelier.





(mais y’a pas que des œuvres de Fritz dans la galerie.
y’en a de toutes sortes, de tous styles, de tous formats.)

alors on passe de très beaux moments à observer les trésors du CCDH.
même que ça fait sourire Stéphane pas mal.

vendredi 11 avril 2014

le soir des élections


le soir des élections, on était sur la terrasse du segafredo et on fêtait avec Brandi pour 1. sa dernière soirée en république dominicaine et 2. son anniversaire (qui, officiellement, est aujourd’hui). on avait quitté l’appartement autour de 20h en se disant que pendant notre absence, i.e. pendant notre impossibilité de nous connecter au wifi de la maison, tout pouvait se passer au québec. c’était un peu stressant donc.

mais quand même, on était de bonne humeur et on avait le coude léger. on prenait des photos en se disant qu’il fallait que Brandi vienne nous voir au québec ou ben qu’on aille la voir en arizona ; on se faisait des plans de visite de grand canyon pis on était ben émotifs. on a même réussi à oublier les élections un peu, par exemple comme quand je touchais les fesses de cette statue.


nos drinks tropicaux rentraient au poste et, après avoir mangé, on s’est aventurés dans les rues de la zone coloniale, à la recherche d’un colmado où acheter une bouteille de rhum parce que nos réserves à la maison étaient à sec. on a payé une bouteille rikiki beaucoup trop cher, mais comme on était alcoolisés et qu’on avait hâte de boire plus, on s’est pas trop obstinés. on est revenus comme ça à la maison, euphoriques et heureux.

reste que dans les escaliers qui mènent à la porte de notre appartement, j’ai cru bon m’arrêter dans ma course et proposer au groupe de faire une pause solennelle : « vous savez que ce sont les dernières secondes avant qu’on sache les résultats des élections. on va entrer dans l’apparte, le wifi va embarquer, et on va être bombardés de messages… » il était presque minuit.

et en effet, on a traversé la porte, et j’ai reçu frénétiquement quelque chose comme dix textos de la part de mon père, envoyés dans les quatre dernières heures. à travers les messages qui entraient tous en même temps, j’ai réussi à lire : « libéral majoritaire », « je ne comprends rien », et j’ai crié, j’ai sacré.

quand j’ai eu fini ma crise d’hystérie, Brandi, qui se tenait en silence près de moi, a dit : ”oooookay, so I understood the word fuck over all.” j’ai ri un peu et je suis allée m’enfermer dans les toilettes pour pleurer.

lundi 7 avril 2014

nos amis hippies dominicains


un soir qu’on se promenait avec Marilou, on est tombés sur un show de jazz latin. c’est là qu’on a rencontré nos amis hippies dominicains. après le show, on s’est ramassé à boire dans un parc comme quand on avait quinze ans, genre que je m’étais préparé un rhum & coke dans une bouteille d’eau. j’aurais aussi ben pu boire à même la bouteille de rhum, parce qu’ici c’est pas comme si la popo avait juste ça à faire, donner des tickets à du monde dans les parcs pis les rues pour flânage après 11h pis buvage dans des lieux publics (flânage pis buvage, deux beaux mots qui existent pas, mais qui riment, j’t’une pouète, j’fais la révolution avec des hippies).

ça fait qu’après le parc, on s’est retrouvés à la plaza españa, où y’avait d’autres artiss, en train de jammer ceux-là. on a fait de l’impro comme si on avait ça dans le sang, on a rappé n’importe comment pis on a même fini par chanter du sublime, même si pu personne connaissait les paroles.

hier soir, nos amies françaises, Raphaëlle et Ophélie, sont venues nous rejoindre pour souper. avec Brandi, Andrée-Anne et Stéphane, on avait préparé un pâté chinois et des cupcakes au chocolat. souper québécois style ! après quoi on s’est rendus aux ruines pour assister à un show de musique locale, où les hippies dominicains nous attendaient, où des espagnols se sont greffés à notre groupe…

ça fait que je me sens comme dans l’auberge espagnole.

mangues, survivor & naturopathie

le temps passe vite (trop) et il fait chaud quelque chose de terrible avec l’humidité qui arrête pas de grimper ces jours-ci. c’est que l’été arrive, c’est pour ça, avec ses épisodes de pluie et ses températures ressenties à 43 degrés avec 75% d’humidité. intéressant !

quand on se tient sur le balcon arrière, attendant que la laveuse se remplisse de l’eau du jet qui revole partout et nous asperge le linge et nous aveugle à intermittence, on peut apercevoir, au-delà des toits de tôle rouillée, chez un lointain voisin, un immense manguier dont personne ne s’occupe. on se demande encore comment il a poussé là, et on soupire à l’infini en voyant pourrir, au fil des jours, ces centaines de mangues tombées sur les toits.

je voudrais être un chat. me faufiler entre les grilles du balcon, marcher comme eux sur les maisons… et récupérer les mangues perdues.

las terrenas, c’était quelque chose comme le paradis, avec ses plages sans fin, presque désertes, ses tours de motoconcho à trois sur un scooter, ses petits restos relaxes où on se promène nus pieds et en maillot de bain… c’était cocasse aussi, comme la fois où on a rencontré les producteurs de la télésérie survivor turquie. au bar, les dudes sont tout bonnement venus s’asseoir à notre table, et ont fini par payer la note complète avant de nous emmener danser. on était mal nous autres, on se tenait là avec nos pesos fripés dans nos mains, et la serveuse a fini par nous dire, comme pour nous déculpabiliser : « inquiétez-vous pas avec ça : survivor, ça paye… » oké, mais ça paye comment ? ça paye assez qu’ils ont loué une île pour les cinq mois du tournage pour 15 millions au gouvernement dominicain. « ils » étant la famille du dude à la chemise blanche qui faisait les yeux doux à Marilou ; « ils » étant son entreprise familiale ben louche qu’on comprenait pas trop qu’est-ce qu’ils faisaient, au final… correct !

le caribe tours c’était parfait, sauf le chauffeur qui conduisait en fou sur les routes sinueuses et étroites des montagnes, sauf la fille qui vomissait à cause du chauffeur fou, sauf qu’on s’est jamais rendu compte qu’on avait dépassé sánchez et qu’on s’est retrouvés, à la toute fin de la ronne, à samaná (c’est-à-dire au bout de la péninsule). capote trois secondes, finit par rire, barguine un taxi, refait 45 minutes en sens inverse, arrive à l’hôtel à l’heure à laquelle on pensait arriver initialement. parce que le voyage, qui devait nous prendre trois heures de santo domingo à sánchez, a pris deux heures de santo domingo à samaná. le chauffeur de taxi en revenait pas. on était rassurés.

ces jours-ci on héberge une américaine vraiment géniale qu’on a rencontrée à l’aéroport en allant chercher Marilou. Brandi était avec un ami à attendre son lift (qui s’est jamais pointé) pour santo domingo quand elle nous a demandé si on voulait partager un taxi. malheureusement, on partait vers le nord, mais on a quand même jasé. elle s’en allait à haïti faire une semaine de bénévolat en médecine. comme elle revenait seule le samedi suivant, que son vol de retour était seulement le mardi et qu’elle n’avait aucune idée de ce qu’elle allait faire pendant ces quatre jours là, on lui a proposé de venir crécher chez nous. alors voilà ! on a maintenant une amie étudiante en naturopathie qui nous montre comment nous masser le cou pour faire tomber le stress. elle part demain et c’est triste un peu.

las terrenas en images







vendredi 28 mars 2014

une escapade à las terrenas


ça fait longtemps qu’on attend ça, mais le moment est enfin venu : Marilou s’en vient nous rejoindre DEMAIN ! elle atterrit à 13h30 à l’aéroport las americas, à santo domingo, après quoi on embarque dans un autobus caribe tours en direction de la péninsule de samaná. on est excités en maudit !


l’autobus va nous laisser à sánchez, où on devra prendre une guagua ou un taxi pour nous rendre jusqu’à las terrenas.


mercredi 26 mars 2014

le boute d'la marde

ça fait qu’on est allés faire un tour chez le doc après que Stéphane et Andrée-Anne avaient passé la nuit à faire la navette entre le lit et la toilette en grelotant de fièvre tandis qu’on n’avait pu d’eau depuis trois jours.

[la vaisselle allait
s’empilant sur le comptoir de
la cuisine
et les bols
se remplissant
et nos corps
s’encrassant]

c’était d’une expérience (le doc je parle) !

prenez Stéphane, assis tout faible dans le cabinet du médecin, visage blême et cheveux en bataille en guise de sortez-moi-de-moi (merci Daniel). il attendait du docteur qui était en train de lire sa fiche médicale un commentaire sur ses symptômes, un diagnostic, quelque chose qui aurait mené rapidement vers une prescription, i.e. un soulagement.

« de toute façon, pas besoin de feuille : juste à voir ta face je peux dire que t’es déshydraté… [Stefloune a souri mollement] mais si vous êtes du Québec, c’est que vous êtes de l’endroit où ils veulent faire l’indépendance, non ? »

et le doc de nous parler d’indépendance pendant dix minutes ; de la nécessité de faire la part des choses entre ce qu’on veut dans la vie et ce qui nous convient ; du besoin qu’ont les indépendantistes d’écrire des listes de pour et de contre pour se rendre compte que ça a pas de bon sens, leur petit projet émotif.

« riez pas, je suis sérieux ! moi, quand je dois prendre une décision importante, j’écris des listes. et je me rends vite compte de la bonne décision à prendre… qui est rarement celle que je veux, mais celle qui me convient. »

maudit on était tombés sur un médecin moralisateur qui, en plus de pas savoir de quoi il parlait – à propos du québec je veux dire (parce que les listes, c’est plutôt cool) –, essayait de nous amadouer en nous disant qu’il avait déjà vécu aux états-unis. eille, une chance ! pis comme il parlait super bien l’anglais, il avait dû lire cet article-là du globe and mail pis trouver ça inquiétant (les québécois, c’est des méchants, méchants, méchants, zombies, méchants !).

alors on est restés quelque chose comme une heure et demi dans le cabinet du médecin, à parler de tout sauf des deux malades, ou à peine, et à écouter les blagues douteuses du docteur qui, au final, devait se réjouir d’avoir enfin des patients à traiter (les journées sont longues pour un doc de clinique privée). mais pour étirer la sauce, il l’a étirée, tout en riant de ses propres jokes de caca :
« est-ce qu’il doit y avoir beaucoup de caca dans mon échantillon ?
-  tu peux manger le reste, si tu veux !
- !?!?!
- hehehehehe »

ah ben oui, c’est parce qu’il a fallu aller faire des tsites crotts dans des tsi pots, dans une salle de bain de laboratoire où y’avait même pas d’eau, ni pour flusher, ni pour se laver les mains. ça fait que c’est ça qui est ça qui est beau sous le soleil de la dominicanie. avec des p’tits vers pis des p’tits œufs dans les intestins des deux pas chanceux qui ont mangé un chow mein mixto dans le quartier chinois y’a deux semaines.

mardi 18 mars 2014

rhum & coke & marde

les bouchons c’est parfait et les coquerelles c’est fini, mais ces jours-ci c’est peu dire qu’on avait les deux pieds dans la marde. on a pensé vous épargner les photos parce que c’était pas en soi de toute beauté, ni de tout parfum… reste que le plombier vient de partir et que, maintenant, les toilettes flushent et les drains ne débordent plus des fruits de nos travaux intestinaux. je dis travail parce que c’est pas toujours facile de ce côté-là non plus, comme la fin de semaine où Stéphane et Andrée-Anne se sont claqués un empoisonnement alimentaire après avoir mangé un chow mein du quartier chinois… ah oui, c’était la même fin de semaine où Stéphane s’est fait cloner sa carte débit et vider sa marge de crédit. tout cas !

le rhum & coke c’est pas mal notre dada côté boisson, le remède à toutes nos petites contrariétés. y’a pu d’électricité, y’a pu d’eau, y’a pu de bouffe ? rhum & coke ! y fait chaud, la marde explose de partout, ça pue ? rhum & coke ! t’es tanné de pomper, d’avoir les mollets enduits de liquide brun, tes gougounes sont bonnes pour la poubelle ? rhum & coke !

rhum & coke !
rhum & coke !
rhum & coke !

mais faut pas se leurrer, on garde le moral, même qu’à part ça tout va très bien. la vie est belle sur el conde et dans les rues colorées de la zone coloniale. il fait bon s'y promener à la brunante lorsque voyageurs comme locaux s’agglutinent aux terrasses du quartier pour finir tranquillement la journée un verre à la main.

samedi 1 mars 2014

euskarduna


c’est après avoir roulé une vingtaine de minutes à travers les champs de canne à sucre qu’on s’est retrouvés à euskarduna, un petit batey où vivent environ trois cent personnes. réunies dans la petite école de la communauté, les adolescentes attendaient depuis un moment déjà notre arrivée. même que certaines d’entre elles, voyant l’heure du midi approcher, avaient dû quitter et aller préparer le repas pour leur famille.

cette réunion lançait le projet de l’atelier de couture. A. donnait aux jeunes mères l’opportunité d’apprendre à coudre, et leur présentait l’homme qui serait leur professeur pour les quatre prochains mois. dans la pièce d’à côté avait été emménagé l’atelier, composé d’une dizaine de vieilles machines à coudre.

à tour de rôle, nous nous sommes présentés. quelques enfants se faufilaient ici et là entre les chaises, s’agrippant à une jambe ou tendant les bras vers leur mère. un instant, un bébé commençait à chigner. l’instant d’après, il tétait le sein de sa mère, tandis que celle-ci nous expliquait les raisons de son engagement dans l’atelier.

sur les lèvres de toutes ces jeunes femmes : pasar adelante. aller de l’avant. elles disaient avoir hambre de aprender. pour maîtriser la technique, pouvoir vivre de leur métier et nourrir leur famille.

vendredi 14 février 2014

allô on a deux ans ensemble (quétaine)

je veux te dire que je t’aime voilà
je veux te dire que je t’aime voilà
je veux te dire que je t’aime n’importe quoi


je veux te dire que quand tu m’aimes
je me sens presque exactement
aussi heureux que le soleil
quand il descend dans l’océan
comme un carré qui tournerait
un cosmonaute qui s’envole
une araignée qui se console

jeudi 6 février 2014

j'aime comme ça chante

ça chante chez le coiffeur
ça chante au café
car la musique est partout et tout le monde
chante

et fort
sans gêne
sans
performance

lundi 3 février 2014

tandis que la face me tombe en lambeaux de peau brûlée,

je lis des livres beaux comme un été sans les hommes de siri hustvedt. et je repense à ces jeunes femmes sur la plage qui chantaient

no te vaya en sentimiento
no me hables de amor no tamo en eso
mi corazón no quiere sufrimiento
yo solo ando buscando
chucucha, chucucha, chucucha, chucucha, chucucha !

elles nous initiaient au mème youtubéen actuel, reproduisant les mouvements du vidéoclip comme le faisaient les jeunes il n’y a pas si longtemps avec gangnam style. quand on est allé voir la vidéo sur youtube, on n’a en effet pas pu ne pas faire le lien avec le clip de PSY, tant l’ironie, à travers la reprise grotesque de clichés et de symboles de la culture de masse, est la même. clin d’œil intertextuel, sinon littéral pastiche, le clip chucucha réutilise ce qui a fonctionné avec gangnam : refrain qui pogne dans tête, mouvements faciles à imiter, absurdité, kitsch, etc.

gangnam style : presque 2 milliards de vues depuis juillet 2012
chucucha : plus de 7 millions de vues depuis mars 2013

c’est pas exactement du même calibre, mais ça reste une performance impressionnante d’Ilegales !


mardi 28 janvier 2014

le fumigateur

alors voilà qu’en désespoir de cause, nous avions écrit à Adela pour lui faire part de notre problème de cucarachas. c’est que, malgré notre acharnement à frotter et à pouch-pouter tous les fonds d’armoire depuis trois jours, elles continuaient à apparaître, les maudites ! en quelques minutes seulement, Adela nous avait répondu qu’elle contacterait dès le lendemain un fumigateur, et s’excusait pour cet inconvénient typique des pays tropicaux.

David, l’homme à tout faire d’Adela, un jeune homme sympathique avec un brin d’attitude – casquette déposée sur la tête avec la palette un peu croche – est donc apparu ce matin avec le fumigateur. il est cool David. on a de la misère à le comprendre dans son langage de post-adolescent qui mâchouille un peu ses mots, mais en vrai ça pourrait être notre ami. on pourrait sortir avec lui dans les bars en-dessous de chez nous et apprendre à parler comme lui. il fait son tough mais dans le fond on sait qu’il a un cœur tendre.

sauf que, on va se l’dire, le fumigateur, c’était plutôt l’ami d’Adela. ou l’oncle de David. ou le gars connu du gars connu du gars… bref, le genre de gars qui est trop pas fumigateur dans vie. il est entré en homme heureux dans l’appartement en nous souhaitant la bonne journée, tout excité d’avoir à tuer des coquerelles. il avait apporté un produit hyper fort et on les entendait, lui et David, tousser à s’en arracher les poumons tandis qu’ils en aspergeaient toutes les pièces. elles vont toutes crever, il disait, le faux fumigateur. si elles crèvent pas, tu m’appelles, je reviens avec une bombe !

finalement, le grand homme bonasse, il s’est tanné un peu vite de pouch-pouter. tuer des coquerelles, c’était peut-être pas si excitant que ça dans le fond. ça fait qu’il a refilé la bouteille à David et il n’a plus arrêté de nous jaser et d’essayer de nous vendre un lift à la plage pour 1800 pesos : je viens vous chercher à 8h ici, je vous laisse à la plage, vous passez la journée là-bas, je reviens vous chercher à 5h et je vous ramène ici. 1800 pesos. belle auto, air clim, sécuritaire. siempre a la orden !

ouais oké, on va payer 50$ pour un lift de luxe alors qu’on peut prendre le transport public pour 140 pesos (~4$) aller-retour… et essayer… de grimper dans la mini-van déglinguée… toujours en mouvement…

« à go, saute… GO ! »

samedi 25 janvier 2014

de la catharsis en photographie (et en écriture)

saviez-vous que les coquerelles sortent la nuit pour manger les restants de bouffe sur les comptoirs de cuisine, pour grignoter les graines de fond de garde-mangers, pour boire l’eau perlant dans les éviers et les tuyaux ? saviez-vous qu’elles peuvent survivre un mois sans manger ni boire ?

notre ami wiki nous apprend toutes sortes de choses palpitantes :
une blatte décapitée peut survivre plusieurs semaines (il est à rappeler que le système nerveux central des insectes est constitué d'une chaîne de ganglions le long du corps, et non centré autour d'un cerveau comme pour les vertébrés), la respiration s'effectuant par des trous disséminés dans son corps, les spiracles et son abdomen pouvant stocker de l'énergie pour cette durée.
ce qui explique pourquoi l’une d’entre elles, qu’on croyait morte, est tombée du kleenex que Stéphane tenait dans ses mains et s’est remise tout bonnement à marcher. elle a pour ainsi dire ressuscité, et ce même après avoir reçu une solide dose de baygon. ouioui, ces choses-là arrivent ! c’est pas juste une peur enfantine et ridicule !

ça fait que je prends des photos j’écris des choses sur les coquerelles comme on allait au théâtre autrefois voir un drame épouvantable et pleurer. je me catharsise la peur et l’angoisse en faisant gagner les mousquetaires contre la plus grosse chose laide (après les araignées, bien entendu) de tous les temps. celle-là est tombée d’une fenêtre pendant une forte pluie ; elle n’avait pas à proprement parler élu domicile dans notre cuisine. mais elle avait franchi la limite d’un territoire hostile, faute qu’elle doit, à en croire la jolie valse qu’elle nous a fait alors qu’on venait de tirer la chasse des toilettes, regretter du ciel des coquerelles.


les peines d’amour sont les coquerelles du ciel
les nettoyeurs des sous-sols éternels

mercredi bar motards

la cucaracha, la cucaracha
ya no puede caminar
(i wish)

c’était ça, l’attroupement de motards en-dessous de chez nous. mercredi bar version dominicaine en veste de cuir pas de manches. parce que jeudi soir, déjà, les motards n’y étaient plus. ils avaient cédé leur place à la jeunesse dansante, qu’on entendait crier, au-delà et en plus de la musique, à même notre chambre… jusqu’à 3h du matin.

oh, Adela ! ça, tu nous l’avais pas dit. t’avais pas dit que la nuit, les coquerelles comme les motards, les klaxons comme les fêtards allaient nous envahir jusqu’à nous empêcher de dormir. t’avais pas dit que la nuit, ce qui apparaissait le jour comme des maisons protégées, ouvrait ses portes le soir pour accueillir les noctambules de tous âges, répartis dans les trois bars encerclant notre maison.

shit.

ça fait qu’on va se magasiner des bouchons d’oreille et espérer qu’on puisse un jour, malgré la guerre qu’on livre aux coquerelles, dormir du sommeil du juste.

jeudi 23 janvier 2014

la chasse aux coquerelles

alors voilà que nous avons trouvé notre appartement, et que nous avons dû, par la force des choses, entreprendre une chasse aux coquerelles. c’est que nous en avons surpris une hier soir dans l’évier de la cuisine.

ce matin, on s’est précipité en fou à La Sirena pour s’approvisionner en produits de toutes sortes, dont on a aspergé tous les racoins de la cuisine après un nettoyage farouche. quelque chose nous dit que le propriétaire n’aura jamais vu sa cuisine aussi propre.

sinon, hier soir toujours, on a découvert qu’on vivait au-dessus d’un bar de motards.

top peinard !

les chats dominicains sont roux

surgissent des dessous de voiture et, en un bond, traversent la rue

dorment sur les chaises des restaurants

nous ignorant parfaitement

samedi 18 janvier 2014

esquina canela y estrelleta



et de notre toute petite chambre située en plein cœur de santo domingo, nous laissions la rumeur de la rue monter jusqu’à nous, en musique, en klaxons, en éclats de rire ! ç’a été notre façon de poser l’ancre, de solenniser notre arrivée en pays étranger. le repère tranquille tant attendu après une nuit blanche, deux vols et une escale de deux heures à miami.

ça parlait beaucoup, de part et d’autre, du danger de sortir à la noirceur, de la nécessité de vivre incrédule et méfiant. même A., qui venait de nous déposer au foreigners club hotel, avait pris un air sévère pour donner à Stéphane quelques conseils sur la sécurité. moi, j’étais prise entre Ian (hôte de l’endroit où nous prévoyions être hébergés pour les prochains jours, tout en jovialité et en excitation de nous accueillir), et le conciliabule des futurs partenaires de stage. entre la légèreté et la gravité, donc.

c’est ainsi que la sieste nous a permis de remettre nos idées en place, parce qu’à en croire les discours ambiants, tous sauf celui de Ian, nous ne serions jamais sortis de notre chambre. assis à une petite table à notre premier restaurant, nous avons souri en pensant que nous avions déjà, après trois heures passées en république dominicaine, transgressé deux règles : il faisait noir et nous buvions de l’eau avec de la glace.